Un regard sur le Workshop « Le soutien et l’accompagnement des personnes grosses* : agir sans stigmatiser »

Innovation

20 mars 2026

Un regard sur le Workshop « Le soutien et l’accompagnement des personnes grosses* : agir sans stigmatiser »

* Nous sommes conscient·es que le mot « gros·se » a une connotation négative pour beaucoup. Toutefois, les organisations qui luttent contre la grossophobie veulent se réapproprier le terme «gros» comme moyen neutre de décrire une personne. Nous adoptons ici le même choix de mots et utiliserons donc le terme «gros» tout au long de cet article comme un terme neutre. Cf. unia.be

 

En tant que professionnel·les social-santé, comment interagir avec les personnes grosses de manière ouverte et bienveillante ? Quels sont les biais et les stéréotypes qui peuvent limiter la qualité du dialogue et de l’échange avec les bénéficiaires ?  Et quelles sont les pratiques de terrain favorisant une approche plus inclusive et accueillante envers les personnes grosses* ? Ces questions ont été au cœur du workshop “Clés pour des pratiques plus inclusives” (3 mars 2026), qui a donné la parole à deux associations : Fat Friendly et Dik Voor Mekaar. Ces associations ont pris le temps de partager leurs expertises et leurs expériences, à l’aide d’exemples concrets. Les présentations par ces deux acteurs ont donné lieu à des échanges riches avec les participant·es.

Dik Voor Mekaar souligne l’importance de prendre au sérieux les formes de stigmatisation des personnes grosses, selon plusieurs niveaux. Il s’agit d’en avoir conscience et d’orienter sa pratique en étant le plus ouvert et attentif aux manières de faire, de dire, d’informer et de communiquer. Ce sont autant de leviers pour renforcer l’accessibilité aux soins et services social-santé :

  • À un niveau sociétal, le poids des discriminations et des préjugés reste important. Cela peut également se décliner, par exemple, en termes de matériel peu adapté aux personnes grosses.
  • À un niveau inter-personnel, la question du temps de la discussion et du dialogue est centrale; plusieurs études indiquent que le temps de communication des professionel·les avec une personne grosse est souvent plus court. La perte de poids est par ailleurs souvent présentée comme une condition à l’accès à un traitement. Cela est susceptible d’entraîner de la méfiance et un refus de soin.
  • À un niveau intra-personnel, les personnes grosses éprouvent souvent un stress chronique et un manque de confiance.

En pratique

Des vignettes cliniques (ce sont des scénarii à partir de situations vécues) de Dik Voor Mekaar ont permis de mettre en lumière plusieurs pratiques inclusives autour d’enjeux cruciaux, notamment :

  • Avoir du matériel approprié (instruments adaptés, chaises, entrée, portes, toilettes, etc.);
  • Mettre à disposition dans les salles d’attente des informations et des affiches sur les associations, les groupes de pairs, les lieux d’entraide et représentant les personnes grosses;
  • Se montrer attentif·ve à la communication verbale (aux mots utilisés) et non verbale (aux expressions, aux émotions négatives…);
  • Privilégier les questions ouvertes lors du dialogue professionnel·les-usager·ères;
  • Être conscient·e des nuances à adopter entre ce qui est de l’ordre de la causalité et de la corrélation, en particulier lorsqu’il est question du poids;
  • Interagir avec la personne en étant ouvert·e à toutes les dimensions sociales, culturelles, psychiques et sans réduire d’emblée la personne à un corps gros;
  • Mettre en pratique le consentement éclairé, en informant objectivement, en expliquant les risques et les bénéfices d’un traitement, en étant le plus précis possible sur les chiffres et les statistiques.

Les mots comptent

Nommer une situation, qualifier une personne de manière adéquate peut se révéler important dans la relation avec la personne.  Fat Friendly invite à prendre soin des mots dans l’interaction avec les bénéficiaires et en l’occurrence ici d’utiliser l’adjectif “gros·se”. L’obésité renvoie à une grosseur pathologique, inscrite dans le langage clinique. Toutes les personnes grosses ne sont pas malades de la même manière que toutes les personnes minces ne sont pas en bonne santé. Dans le prolongement, les nuances suivantes sont à considérer : facteur de risque, cause ou corrélation ne signifient pas la même chose.

Balance ta balance : de la juste place à accorder au poids d’une personne

Ensuite, comment accorder une juste place à la balance lors du dialogue de confiance noué entre le·la professionnel·le de santé et la personne ? Comment considérer le poids d’une personne sans sous-estimer ou sur-estimer son caractère significatif? Quelques pistes de réponse ouvrant à des pratiques plus inclusives :

  • Se poser la question : doit-on toujours peser d’emblée une personne ? À quoi cela me sert ici ? Le poids ne constitue souvent pas la question centrale pour une personne grosse ; il est dès lors opportun de ne pas aborder frontalement la question ou de manière abrupte. Si le poids n’est pas le motif de la visite du·de la bénéficiaire, il convient de se questionner : qu’est-ce que cette information m’apporte en tant que professionnel·le de la santé ? Et avec quel impact ? Si l’intention est de sensibiliser la personne au fait qu’elle est grosse, il est bon de se rappeler qu’elle le sait déjà.
  • Les professionnel·les ayant tissé une relation de confiance avec la personne sont en mesure de dialoguer ouvertement du poids avec elle, tandis qu’un·e professionnel·le ayant un contact fortuit peut, par contre, se révéler maladroit·e ou contre-productif·ve.
  • Il est important de souligner que les personnes elles-mêmes ont la liberté de parler ou non de leur poids, de ce qui constitue un problème pour elles-mêmes. Il s’agit du consentement : laisser à la personne la possibilité de parler en son nom ;
  • Inviter la personne à se peser chez elle calmement ;
  • Cultiver un climat de confiance: cela consiste à ne pas presser la personne avec des questions non souhaitées, à ne pas insister, à accepter qu’une personne ne peut pas, ne veut pas aller dans tel ou tel sens. Ce climat de confiance permet aussi de réduire le risque de véhiculer des stéréotypes, des stigmates et des discriminations.

Cartographie des lieux accessibles, par et pour les personnes grosses

Des outils se montrent utiles pour favoriser l’inclusion et lutter contre toute forme de grossophobie avec les acteur·rices social-santé. Fat Friendly propose une cartographie des lieux accessibles. Les personnes grosses peuvent la compléter. Cet instrument porte sur plusieurs domaines (bien-être, culture, restaurants, cafés…). Concernant en particulier le domaine social-santé, plusieurs catégories de cette cartographie permettent d’évaluer la qualité selon plusieurs axes concrets : l’accessibilité (parking, place PMR, arrêt de bus à 500 mètres, etc.), le fait de pouvoir circuler, les assises (salle d’attente, chaises sans accoudoir, etc.), les toilettes ainsi que l’approche et l’ouverture des professionnel·les.

Des défis à relever

Plusieurs défis autour des pratiques plus inclusives ont été approfondis, notamment :

  • Les personnes grosses ont tendance à être touchées de manière importante par des inégalités et des injustices ; il est donc important d’avoir conscience de cette dimension sociale qui se cumule avec d’autres difficultés vécues par les personnes grosses;
  • Il est pertinent de s’interroger sur ses propres “biais grossophobes” présents de manière explicite ou implicite en tant que professionnel·les social-santé ; il existe des séminaires, des formations et des sensibilisations délivrés notamment par les associations Fat Friendly et Dik Voor Mekaar. Ces outils contribuent à diffuser des savoirs et des connaissances, en valorisant le rôle de la critique et de l’autocritique;
  • La question de l’alimentation est décisive lorsqu’il est question de personnes grosses. À partir d’une expérience de repas en centres de jour pour personnes âgées, des questions ont surgi : est-ce pertinent de distribuer des aliments sucrés ou gras à des personnes grosses ? Que faire ? Comment bien agir sans stigmatiser ? La discussion avec Fat Friendly a fait émerger plusieurs pistes : comment agir pour les résident·es minces comme pour les personnes grosses ? Comment agir pour tous les résident·es ? La piste consiste à établir une règle qui vaut en fait pour tout le monde. Aussi, la question du plaisir, de la santé mentale, émotionnelle a été rappelée : l’alimentation constitue une source de plaisirs, de joies, de bienfaits. A noter qu’au-delà d’un certain âge, un BMI plus élevé a un effet protecteur sur la santé.
  • Les défis concernant les budgets nécessaires à l’inclusion et à l’accessibilité ont été pointés : faire des travaux d’aménagement d’espace, de bureaux, de toilettes, des escaliers demande des moyens financiers qui ne sont pas aisés à trouver en tant que professionnel·les du social-santé.
  • Les vulnérabilités liées au poids se cumulent souvent avec d’autres vulnérabilités, liées aux inégalités de genre, au validisme, etc. Dans ce cadre, des collaborations se nouent entre associations de personnes grosses, féministes ou anti-validistes et peuvent nourrir des pratiques de terrain plus inclusives dans le monde social-santé.
  • Concernant les campagnes de communication grand-public (vaccination contre la grippe par exemple), la référence aux personnes grosses comme public à risque peut augmenter la tendance à la discrimination. Il est conseillé de laisser la responsabilité de recommander la vaccination à un·e professionnel·le de confiance dans le cadre d’une relation de proximité avec la personne. D’ailleurs, le risque de développer des complications est en réalité à imputer au manque de matériel adapté et non à la biologie des personnes grosses.

Grâce aux présentations de Fat Friendly et de Dik Voor Mekaar et aux échanges qui ont suivi, des questions ont pu être ouvertes, des partages de bonnes pratiques et de manières de voir ont pu émerger, dans un climat constructif et participatif.

Le prochain Workshop “Clés pour des Pratiques plus inclusives” aura lieu le 4 juin 2026 à 19h30. Il portera sur la violence envers les personnes âgées, avec la participation de Infor-Homes et Brussels Rainbow Ambassadors.

Workshop Clés pour des pratiques plus inclusives
4 juin 2026 19:30 - 21:30

Webinaire à destination des professionnel·les: soutien dans l’accompagnement des personnes âgées victimes de violences

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Workshop Clés pour des pratiques plus inclusives
3 décembre 2026 19:30 - 21:30

Webinaire à destination des professionnel·les: Renforcer l’accompagnement par la médiation interculturelle

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Workshop Clés pour des pratiques plus inclusives
13 octobre 2026 19:30 - 21:30

Webinaire à destination des professionnel·les: renforcer le soutien aux personnes en situation de mal-logement ou sans chez-soi.

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